Je suis ce que tu crois et suis tout le contraire...
Je suis et ne suis pas telle qu'en apparence :
Calme comme un grand lac où reposent les cieux,
Si calme, ô voyageur.... Et si folle pourtant !
Flamme errante,
Qui court, danse, et que la vie emporte,
Je ne sais où, mêlée aux chemins du vent.
S'éloigne sans jamais approcher la rive...
Si doucement hardie, ô voyageur, pourtant !
Forte comme en plein jour une armée de bataille
Qui lutte, saigne, râle et demeure debout;
Silencieuse mais aussi haute qu'une muraille...
Faible comme un enfant parti pour l'inconnu
Qui s'avance à tâtons de blessure en blessure
Et qui parfois a tant besoin qu'on le rassure
Et qu'on lui donne un peu la main, le soir venu...
Ardente comme un vol d'oiseau qui vibre
Dans le creux de la terre, qui monte et s'éveille,
Qui monte, monte, éperdument, jusqu'au soleil,
Bondissant, enflammé, téméraire, fou, libre !...
Et plus frileuse qu'un orphelin l'hiver
Qui s'attarde et rôde,
Cherchant désespérément une place chaude
Pour s'y blottir longtemps sans bouger.
Bête, et tête indomptée, Ô passant, si ivre
Que nul n'osera mettre un collier à son cou,
Que nul ne fermera sur elle son verrou,
Que nul hormis la mort ne la fera captive...
Connais-moi ! Connais-moi !
Ce que j'ai dit, le suis-je ?
L'air que j'ai dans le coeur est-il triste ou bien gai ?
Connais-moi si tu peux.
Le pourras-tu ?... Le puis-je ?...
Ô passant, quand tu verras
Tous mes pleurs et tout mon rire,
Quand j'oserais tout te dire
Et quand tu m'écouteras,
Quand tu suivras à mesure
Tous mes gestes, tous mes pas,
Par le trou de la serrure...
Tu ne me connaîtras pas!
Et quand passera mon âme,
Devant ton âme, un moment
Éclairée à la grand-flamme
Du suprême jugement,
Tu ne sauras pas lors même
Ce qu'en ce monde je fus...
Tu le sauras si rien qu'un seul instant tu m'aimes !
Aujourd'hui j'ai 17 ans, Paraît qu'tout va bien dans ma vie...


